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Top 10 des monastères en Égypte

Aucun pays ne peut revendiquer un lien plus profond avec l'histoire du monachisme chrétien que l'Égypte. C'est dans le désert égyptien, au tournant du quatrième siècle, que saint Antoine le Grand se retira dans la solitude et devint le modèle de tous les ermites qui le suivirent, tandis qu'une génération plus tard saint Pacôme rassemblait les moines en communautés organisées à Tabennisi, en Haute-Égypte, inventant de fait le monastère cénobitique, c'est-à-dire communautaire. À partir de ces racines, l'Église copte orthodoxe édifia toute une civilisation de la prière : la grande colonie monastique de Scété dans le désert Occidental, les montagnes criblées de grottes du désert Oriental près de la mer Rouge, les églises du Vieux Caire où l'église Suspendue se dresse encore au-dessus d'une porte romaine, et les villes monastiques de Haute-Égypte. Les dix monastères ci-dessous retracent cet héritage, de ses commencements dans le désert jusqu'aux communautés vivantes qui le perpétuent aujourd'hui.

1. Monastère de saint Antoine (Deir Anba Antonios)

Caché sous les falaises du plateau de Galala, dans le désert Oriental, à environ 155 kilomètres au sud-est du Caire près de la côte de la mer Rouge, il est largement considéré comme le plus ancien monastère chrétien encore habité au monde. Il fut fondé au milieu du quatrième siècle par les disciples d'Antoine le Grand, l'homme dont la retraite au désert donna naissance à tout le mouvement monastique. Derrière de hautes murailles fortifiées se trouvent plusieurs églises, des jardins alimentés par une source pérenne, une boulangerie et un moulin, ainsi qu'une tour-donjon, le qasr, dans laquelle les moines se réfugiaient jadis face aux pillards ; l'ancienne église Saint-Antoine conserve un célèbre cycle de fresques coptes du treizième siècle. Bien au-dessus du monastère, un long escalier grimpe la falaise jusqu'à la grotte où Antoine chercha sa plus profonde solitude.

2. Monastère de saint Paul l'Ermite (Deir Anba Bula)

À une courte route à travers les montagnes depuis le monastère de saint Antoine se dresse le monastère de saint Paul l'Ermite, et les deux maisons du désert se visitent traditionnellement ensemble. Il est bâti autour de la grotte de Paul de Thèbes, vénéré dans la tradition copte comme le tout premier ermite chrétien, dont on dit qu'il vécut des décennies dans le désert avant qu'Antoine ne parte à sa recherche ; leur rencontre légendaire, au cours de laquelle un corbeau apporta une double ration de pain, est un sujet de prédilection de l'art copte. Le cœur du monastère est l'antique église rupestre élevée au-dessus de la demeure de Paul, tamisée d'icônes et de lampes suspendues, et qui abrite les reliques du saint. Comme sa voisine, c'est une communauté fortifiée et autosuffisante, cernée de désert de tous côtés.

3. Monastère de saint Bishoï (Deir Anba Bishoy), Wadi El Natrun

Le Wadi El Natrun — l'antique Scété, ou Chihit — abrita jadis des centaines de moines dispersés à travers une étendue sauvage de salants ; quatre monastères y subsistent, et le Deir Anba Bishoy compte parmi les plus importants. Fondé au quatrième siècle, il est associé à saint Bishoï, un père du désert dont le corps est vénéré ici et traditionnellement tenu pour incorrompu. Il jouxte aujourd'hui la résidence pontificale du pape copte orthodoxe, ce qui en a fait un centre spirituel de l'Église moderne. Son enceinte murée, ses églises et son réfectoire donnent une image claire de la manière dont une communauté de Scété s'organisait autour de son cycle quotidien de prière et de travail.

4. Monastère des Syriens (Deir al-Suryani), Wadi El Natrun

À quelques pas du Deir Anba Bishoy se trouve le monastère des Syriens, qui prit son nom lorsqu'il fut acquis pour une communauté de moines syriens autour du huitième ou neuvième siècle. Il devint célèbre pour sa bibliothèque : les manuscrits syriaques médiévaux réunis ici comptaient parmi les plus grandes collections de ce genre, et beaucoup furent ensuite dispersés vers des institutions européennes, dont le British Museum. L'église de la Sainte Vierge conserve de remarquables peintures murales anciennes, mises au jour lors de restaurations récentes, ainsi qu'une antique porte de bois incrustée de panneaux sculptés. Un vénérable tamarinier planté dans l'enceinte est lié par la légende à saint Bishoï lui-même.

5. Monastère de saint Macaire le Grand (Deir Abu Maqar), Wadi El Natrun

Fondé vers 360 par saint Macaire le Grand, il devint la maison la plus influente de Scété et fournit, pendant de nombreux siècles, une large part des patriarches de l'Église copte. Ses églises sont traditionnellement associées aux reliques de nombreux saints, et dans les années 1970 des restes identifiés à Jean le Baptiste et au prophète Élisée y auraient été découverts au cours de travaux de restauration. À l'époque moderne, le monastère connut une célèbre renaissance sous le père Matta el-Meskîn — Matthieu le Pauvre — dont la communauté renouvela à la fois les bâtiments en ruine et la vie intellectuelle. Il demeure un grand monastère en activité, ses murs entourés de terres agricoles reconquises sur le désert.

6. Monastère des Romains (Deir al-Baramus), Wadi El Natrun

Quatrième des monastères survivants de Scété, le Deir al-Baramus est par tradition le plus ancien d'entre eux, sa fondation remontant aux tout premiers jours de la colonie sous saint Macaire. Son nom insolite, « Baramus », se comprend comme « celui des Romains » et se rattache à deux jeunes moines, Maxime et Domèce, que l'on tient pour les fils d'un empereur romain venus au désert et morts ici en ascètes. L'église principale de la Vierge abrite d'antiques colonnes, des icônes et un sanctuaire d'un grand âge, et le monastère garde le caractère paisible et reculé qui attira d'abord les ermites sur cette terre. Il se dresse à la lisière nord du ouadi, premier des quatre monastères que l'on atteint sur la route venant du Caire.

7. Monastère Sainte-Catherine, Sinaï

Au pied du mont Sinaï se dresse le monastère Sainte-Catherine, qui diffère de toutes les autres maisons de cette liste par son appartenance grecque orthodoxe et non copte — un utile rappel que la carte monastique de l'Égypte n'est pas exclusivement copte. Édifié sur ordre de l'empereur Justinien au sixième siècle, il figure parmi les plus anciens monastères en activité continue au monde et est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO ; il enferme le site traditionnel du buisson ardent de Moïse. Sa bibliothèque est extraordinaire et ne le cède qu'à celle du Vatican pour l'ancienneté et la valeur de ses manuscrits ; c'est ici que fut mis au jour le Codex Sinaiticus, du quatrième siècle. Le monastère garde en outre une collection sans égale d'icônes anciennes qui ont survécu à l'iconoclasme byzantin.

8. Les monastères Blanc et Rouge, près de Sohag

À la lisière du désert Occidental, près de Sohag en Haute-Égypte, se dressent deux remarquables vestiges de l'Antiquité tardive. Le monastère Blanc (Deir al-Abyad), ainsi nommé pour le calcaire pâle de ses hautes murailles extérieures semblables à un temple, est le monastère de saint Chénouté l'Archimandrite, l'abbé et écrivain du cinquième siècle qui façonna la langue copte et dirigea l'une des plus vastes fédérations monastiques de son temps. À quelques kilomètres de là, le monastère Rouge (Deir al-Ahmar), bâti en brique rouge, est célèbre pour les peintures polychromes exceptionnellement bien conservées et récemment restaurées qui couvrent son sanctuaire — parmi les plus beaux témoignages du décor d'église de l'époque romaine tardive dans tout le monde chrétien.

9. Monastère de saint Siméon, près d'Assouan

Sur la rive ouest du Nil, face à Assouan, s'étendent les ruines du monastère de saint Siméon (Deir Anba Hadra), l'un des plus vastes et des mieux conservés des monastères fortifiés d'Égypte, bien qu'il soit resté vide durant des siècles. Fondé au septième siècle et reconstruit au dixième, ce grand ensemble de brique crue et de pierre abrita jadis une communauté importante derrière des murs qui évoquent plus une forteresse du désert qu'un cloître. Il fut abandonné vers le treizième siècle, faute d'eau et sous la pression des raids, dit-on, et ne fut jamais réoccupé. On l'atteint en barque à travers le fleuve puis en gravissant le sable, et sa basilique à deux étages, ses cellules et ses tours donnent encore la mesure de la vie monastique aux confins de la Nubie.

10. Monastère de saint Mina (Abu Mena), près d'Alexandrie

Dans le désert au sud-ouest d'Alexandrie s'élevait l'un des plus grands centres de pèlerinage du monde paléochrétien, la ville d'Abu Mena, qui se développa autour du tombeau de saint Ménas, un martyr du début du quatrième siècle. Les pèlerins emportaient jadis, à travers toute la Méditerranée, de petites fioles d'argile remplies d'eau bénite et frappées de son effigie ; les ruines de la grande basilique et de la ville de pèlerinage sont aujourd'hui inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, quoique la montée de la nappe phréatique les ait placées sur la liste des sites en péril. À côté, un vaste monastère copte moderne, bâti au vingtième siècle, entretient le culte de saint Ménas et attire de grandes foules de pèlerins. C'est le lieu de sépulture du pape Cyrille VI, qui inspira sa refondation.

Suivre le fil du désert

Ensemble, ces dix maisons retracent le monachisme chrétien depuis la grotte du premier ermite jusqu'aux communautés qui chantent encore aujourd'hui les offices, et vous pouvez les retrouver toutes, ainsi que le monde des Pères du désert, sur la carte interactive.