Top 10 des monastères au Japon
Le monachisme japonais est organisé en traditions clairement distinctes — sōtō, rinzai, shingon, tendai, kegon — qui coexistent sans se fondre. Chacune a ses temples-têtes, ses pratiques et ses critères d'orthopraxi propres. Ce qui les unit, c'est un soin architectural exceptionnel (plusieurs sites inscrits à l'UNESCO) et une continuité institutionnelle remarquable : certains de ces monastères forment des moines depuis douze siècles. Le Japon est aussi l'un des rares pays où il est possible, moyennant quelques précautions, de dormir dans un temple actif.
1. Eihei-ji, préfecture de Fukui (sōtō)
Le monastère de formation de la tradition sōtō-zen, fondé en 1244 par Dōgen Zenji, le fondateur du sōtō japonais. Environ deux cents moines en formation y suivent un programme d'une rigueur extrême : lever à 3 h 30, zazen (méditation assise) plusieurs heures par jour, travail manuel (samu) et chant liturgique. Les visiteurs peuvent entrer librement dans le complexe de soixante-dix bâtiments reliés par des couloirs couverts. Un programme de séjour pour laïcs (sanzen-an) est disponible. À 15 km de Fukui-ville.
2. Sōji-ji, Yokohama (sōtō)
L'autre temple-tête du sōtō, fondé en 1321 par Keizan Jōkin sur la péninsule de Noto, transféré à Yokohama en 1898. Le complexe actuel, dans le quartier de Tsurumi, est moins austère que Eihei-ji mais garde une activité de formation intense. Environ deux cents moines. Portes ouvertes au public ; cimetière d'une exceptionnelle densité historiographique.
3. Daitoku-ji, Kyoto (rinzai)
Fondé en 1315. Ce vaste ensemble de vingt-deux sous-temples dans le nord de Kyoto est le lieu où la culture du wabi (simplicité raffinée) a été la plus systématiquement théorisée. Sen no Rikyu, le maître du thé, est enterré ici ; ses disciples et les seigneurs de guerre de l'ère Sengoku y ont leurs mausolées. Plusieurs jardins de pierres (karesansui) parmi les plus beaux du Japon. Accès libre à la cour principale ; entrée payante pour certains sous- temples (500–1 000 ¥).
4. Myōshin-ji, Kyoto (rinzai)
Le plus grand complexe du rinzai-zen, fondé en 1342. Quarante-six sous-temples sur un terrain de 550 m de côté dans l'ouest de Kyoto. Le plafond du sōdō (salle de méditation principale) porte le « dragon qui regarde dans toutes les directions », peinture circulaire de Tan'yū Kanō (1599–1674). Programme de zazen pour débutants les matins du week-end.
5. Kongōbu-ji, mont Kōya (shingon)
Le temple-tête du shingon sur le mont Kōya (Koyasan), fondé en 816 par Kūkai (Kōbō Daishi), le maître qui introduisit le bouddhisme ésotérique au Japon depuis la Chine des Tang. À 900 m d'altitude dans les montagnes de Wakayama. Le complexe comprend cent dix-sept temples ; le cimetière d'Okunoin (2 km de lanternes de pierre sous les cryptomérias) est l'un des sites les plus émouvants du Japon. Cinquante temples accueillent des shukubo (hébergements).
6. Enryaku-ji, mont Hiei (tendai)
Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1994. Fondé en 788 par Saichō, Enryaku-ji est le monastère mère de la tradition tendai sur le mont Hiei à la frontière de Kyoto et Shiga. Presque tous les fondateurs des grandes écoles bouddhistes japonaises médiévales — Hōnen, Shinran, Dōgen, Nichiren — y ont étudié avant de rompre avec la tradition dominante. Trois cents bâtiments répartis sur trois secteurs. L'ascèse des moines kaihōgyō (marathons de 1 000 jours autour du mont) est célèbre.
7. Tōdai-ji, Nara (kegon)
Inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1998. Son daibutsuden (salle du Grand Bouddha) est la plus grande structure en bois du monde. Le Daibutsu (Vairocana en bronze, 15 m, 500 tonnes) fut commandé par l'Empereur Shōmu en 745. L'ensemble de Nara — Tōdai-ji, Kōfuku-ji, Yakushi-ji — constitue l'un des patrimoines bouddhistes les plus riches d'Asie orientale.
8. Hōryū-ji, Nara (hossō / shōtoku)
Inscrit à l'UNESCO depuis 1993. Fondé en 607 par le prince Shōtoku Taishi, Hōryū-ji est le plus ancien ensemble de bâtiments en bois debout au monde. Sa pagode à cinq étages et son kondō (salle dorée) datent du VIIe siècle. Les sculptures en bois de cyprès du VIIe siècle — Bouddha Shaka Triade, Kudara Kannon — sont des chefs-d'oeuvre absolus de l'art asiatique. À 12 km de Nara.
9. Engaku-ji, Kamakura (rinzai)
Fondé en 1282 par le régent Hōjō Tokimune pour commémorer les morts des invasions mongoles. L'un des cinq grands temples zen de Kamakura (Kamakura Gozan). Sa salle reliquaire (Shariden, XIVe s.) est la seule architecture zen médiévale classée Trésor national qui soit encore debout. Programme de zazen régulier pour les laïcs.
Séjourner dans un temple japonais (shukubo)
Les shukubo les plus accessibles sont à Koyasan (50 temples participants). Les séjours incluent un dîner shojin-ryori (cuisine végétarienne bouddhiste en service multicouche, kaiseki de légumes et tofu), un petit-déjeuner et l'invitation à la cérémonie du matin. Tarifs : 12 000–25 000 ¥ (85–175 euros) selon le temple et la saison. Réservation via le bureau du tourisme de Koyasan ou directement auprès des temples.
Pratiques et dress code
Enlever les chaussures à l'entrée des salles de culte est systématique. Vêtements couvrants recommandés, mais le code est moins strict qu'en Europe ou au Moyen- Orient. La photography est permise dans les jardins et les cours, souvent interdite à l'intérieur des salles avec statues. Ne pas tourner le dos aux autels ni poser de pieds sur les cales de tatami.
Le circuit Kyoto–Nara
Daitoku-ji, Myōshin-ji et Enryaku-ji peuvent se visiter depuis Kyoto en trois jours. Le mont Hiei se rejoint par téléphérique depuis Kyoto (Yamashina). Nara (Tōdai-ji, Hōryū-ji) est à quarante-cinq minutes de Kyoto par la ligne Kintetsu. Koyasan exige une journée complète depuis Osaka (train express plus funiculaire, deux heures aller) ou mieux une nuit en shukubo.
Voir les temples sur la carte
Les neuf temples de cette liste sont localisés sur la carte interactive. Filtrez sur le Japon pour planifier un circuit entre Nara, Kyoto, Kamakura et Koyasan.